

Cerf ©Philippe Rouzet
©Maison du Tourisme Cap-Sûre Forêt d’Anlier


Pic épeiche ©Eric DROPSY
Nature
& Environnement
Conservation de la nature en Forêt d’Anlier
Six grandes actions sont actuellement menées dans le cadre de projets de conservation de la Forêt d’Anlier :
Nos actions
La Forêt d’Anlier est le plus grand massif feuillu d’un seul tenant de Belgique. Malgré sa taille et sa riche biodiversité, elle reste fragile dans le contexte des changements climatiques (la crise des scolytes et les sécheresses en témoignent). Les actions menées en forêt par le Parc naturel visent à augmenter la résilience du massif pour assurer son avenir.
Diversification des peuplements feuillus
Le hêtre, essence majoritaire du massif (> 65%) montre de plus en plus ses limites de résistance face aux sécheresses des dernières années. Défoliation, affaiblissement, dépérissement… L’essence emblématique des forêts d’Ardenne est ainsi mise à mal par les évènements climatiques extrêmes, repoussant son aire de distribution idéale vers de plus hautes altitudes et latitudes.
Afin de favoriser la résilience de la forêt pour les siècles à venir, l’introduction d’essences d’accompagnement réparties dans et autour de la vaste hêtraie est en cours. Ces plantations une fois matures deviendront des arbres semenciers, ils faciliteront la dispersion de ces diverses essences au-delà des cellules plantées et garantiront une plus grande diversité dans les peuplements. On retrouve notamment parmi les essences sélectionnées : le sorbier des oiseleurs, l’érable sycomore, le châtaignier, le tilleul à petite feuilles et le bouleau verruqueux.
Amélioration de la régénération du chêne
Le chêne sessile est la deuxième essence la plus représentée en Forêt d’Anlier (>30%). De par sa large amplitude écologique, son enracinement puissant et la qualité de son bois, il présente un bon potentiel d’avenir dans le contexte des changements climatiques. De plus, le chêne est une des essences feuillues offrant le plus de micro-habitats bénéficiant à une grande diversité de taxons (oiseaux, chauves-souris, rongeurs, insectes décomposeurs, etc.). Emblème du Parc, la cigogne noire apprécie ses branches robustes pour y installer son nid. Le pic mar est quant à lui lié aux chênaies et hêtraies-chênaies d’Europe centrale et occidentale.
Étant une essence héliophile, le chêne tolère moins l’ombre que le hêtre. Une mise en lumière du sous-bois est dès lors nécessaire pour permettre l’installation de ses semis et plantules. Pour ce faire, les techniques suivantes sont appliquées : ouverture des peuplements par exploitation des perches de hêtre, maintien des semenciers de chêne, protection des semis là où la pression du gibier est trop forte. L’objectif à long terme est d’augmenter la proportion de chênes sessiles dans la composition de la forêt.
Création de lisières étagées
Une lisière est une transition entre deux milieux distincts que sont la forêt et les milieux ouverts. Ces derniers peuvent être de différentes natures : parcelle agricole, gagnage, cours d’eau, routes et chemins… Par souci de rentabilité de l’espace disponible, de délimitation des propriétés et des parcelles, elles ont été peu à peu négligées. Pourtant, une lisière étagée, offrant une transition douce entre le milieu ouvert et la forêt, présente de multiples avantages : accueil d’une large diversité d’espèces, réduction de l’exposition des peuplements au vent, protection contre les stress hydriques, amélioration de la valeur esthétique, augmentation de l’attractivité alimentaire pour le gibier et donc de la capacité d’accueil de la forêt…
Les lisières actuellement mises en place sont principalement intra-forestières. Elles sont disposées autour de gagnages, de fonds de vallées et de routes et chemins. Elles seront, à terme, composées d’un « ourlet » herbeux, d’un « cordon » arbustif et d’un « manteau » arboré. Une quinzaine d’essences arbres et d’arbustes y sont plantées : aubépine, prunellier, sureau à grappes, pommier sauvage, érables… L’objectif est de créer plus de 20 km de lisières étagées.
Gestion et protection des fonds de vallées et des milieux ouverts
Le massif d’Anlier dispose d’un réseau hydrographique dense et important. Il est traversé par de nombreuses vallées, constituant un réseau linéaire de milieux humides faisant office d’habitat et de voies de migration pour de nombreuses espèces (moule perlière, cigogne noire, cuivré de la bistorte…).
Anciennement pâturés ou fauchés, ces milieux ont été peu à peu abandonnés puis enrésinés au cours du XXème siècle. Les sols ont été drainés pour accueillir des épicéas et leur présence aux abords des cours d’eau entraine érosion des berges, acidification de l’eau, pollution organique et perte d’habitats rares.
Les opérations mises en œuvre pour restaurer ces milieux sont variées. Les drains en tête de sources et en fonds de vallées sont bouchés afin de restaurer un régime hydrique naturel et des conditions (para)tourbeuses. Sur les sols plus secs, des prairies fleuries sont restaurées par broyage de la végétation existante (très souvent de la molinie, peu intéressante d’un point de vue biodiversité), semis d’un mélange de graines et plantation éventuelle d’espèces typiques des nardaies. Enfin, les abords de cours d’eau enrésinés sont rouverts par abattage manuel ou mécanisé, en fonction de la taille des résineux en place.
Exploitation forestière respectueuse des sols et du milieu
Ici comme partout en Wallonie, l’exploitation forestière inflige souvent des dégâts aux sols, aux cours d’eau et aux peuplements. Les besoins en rentabilité et l’augmentation de la taille des machines impactent indiscutablement le milieu forestier. De plus, contrairement à d’autres pays comme la France ou l’Allemagne, les exploitants ne sont pas nécessairement obligés de circuler sur des cloisonnements (chemins de débardage désignés d’où il est interdit de sortir). En conséquence, une trop grande partie du sol forestier finit tassé, compacté par le passage à répétition des engins. Ceci entraine une imperméabilisation du sol, l’asphyxie et la déstabilisation du système racinaire, une perte de diversité en micro-organismes…
Afin d’éviter ces problèmes, d’autres modes d’exploitation peuvent être privilégiés. Par exemple, le débardage au cheval permet de sortir des bois de petites à moyennes dimensions avec un impact minimal sur le sol. Déjà utilisée depuis longtemps en résineux, la traction animale est tout à fait adaptée aux coupes de bois de chauffage lors des éclaircies feuillues. Par ailleurs, pour des sols en pente ou humides, le débardage par câble-mât (ou téléphérage) permet de soulever les grumes et de les sortir du parterre de coupe sans y faire entrer une machine.
Ces deux alternatives sont au cœur de cette action d’exploitation respectueuse des sols. L’objectif est de démontrer leur faisabilité afin d’inciter un plus grand nombre de gestionnaires à y recourir.
Plans de gestion des crises liées à la forêt
La Forêt d’Anlier a connu, depuis le début du siècle, plusieurs crises : le scolyte du hêtre au début des années 2000, la peste porcine africaine au sud et à l’ouest du massif entre 2018 et 2020, le scolyte de l’épicéa à partir de 2018, fermeture de la forêt lors de la sécheresse de 2022… Les changements climatiques apportent de plus en plus de nouvelles perturbations, qu’elles soient biotiques (conditions propices à la prolifération de ravageurs peu ou pas rencontrés chez nous) ou abiotiques (tempêtes, sécheresses, incendies…) face auxquelles il convient de se préparer.
Cette action de réalisation de plans de gestion de crises se concentrera principalement sur les risques abiotiques que sont les incendies et les pollutions liées à un accident en forêt. Un volet prévention devrait voir le jour, proposant des mesures afin de mitiger les risques, ainsi qu’un volet opérationnel plus important, permettant de répondre efficacement à l’éventualité d’un incendie ou d’une pollution accidentelle en forêt.

